Propagande pendant la guerre 1914-18

11 novembre 2009

Introduction

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Pour commencer, il paraît essentiel d'évoquer comment s'est déroulée cette guerre sur un plan historique. Nous allons le présenter à travers cet article de façon générale.

 

Les causes de la "Grande Guerre" démarrent à Sarajevo le 28 juin 1914 lorsque l'héritier du trône d'Autriche Hongrie, François Ferdinand, est assassiné. Le 28 juillet de la même année, l'Autriche Hongrie avec l'aide de l'Allemagne déclare la guerre à ce territoire serbe. Le 30 la Russie déclare la guerre à l'Autriche, le 1er Août l'Allemagne à la Russie et à la France le 03. Du même coup l'Angleterre, qui soutient la France, déclare la guerre à l’Allemagne le 04 août. L’Italie entrera dans le conflit le 02 novembre 1914. C’est ainsi que toute l’Europe s’engage dans une guerre qui d’un commun accord se devra d’être de courte durée.

 

En septembre 1914 la plupart des offensives sont lancées et la France en profite pour attaquer l’Alsace qui est allemande. Mais l’avancée en France des Allemands est rapide et ils arrivent à 40 km de Paris obligeant le gouvernement à se replier à Bordeaux. La contre offensive du Maréchal Joffre avec les Taxis de la Marne pour prendre à revers les Allemands échoue et le front se stabilise en Novembre. C’est ainsi que nait la fameuse « guerre des tranchées » ou guerre de position. Les hommes s’enlisent dans les tranchées et il faut que le matériel évolue. C’est pourquoi des chars ou des gaz toxiques (le gaz moutarde) sont utilisés. Des offensives interviennent de façon ponctuelle et coûtent la vie à beaucoup de soldats. Par exemple la bataille de Verdun fait plus de 300000 morts et de 450000 blessés en 7 mois et ce pour des gains territoriaux très limités.

 

L’année 1917 marque un tournant. La Russie connaît cette année là deux Révolutions qui la font retirer du conflit en signant une paix à part avec le traité de Brest-Litosk. Mais ailleurs, les troupes s’essoufflent avec les conditions de vie de plus en plus difficiles entraînant de nombreuses mutineries et des exécutions en représailles. La nomination du Maréchal Pétain permet à cette situation de s’améliorer. C’est aussi cette même année que les Etats-Unis décident de rentrer en guerre.

 

L’Allemagne reprend l’offensive en 1918, profitant du retrait des russes, pour faire parvenir des troupes françaises et donc enfoncer le front français. Face à la situation les membres de l’Entente confie le commandement de leurs armées au Maréchal Foch. Les chars et les avions sont utilisés et permettent de stopper cette avancée allemande en septembre. En même temps, l’Allemagne perd ses alliés les uns après les autres et Guillaume se voit contraint d’abdiquer. L’armistice est signée le 11 novembre 1918

 

Cette guerre fera environ 9 millions de morts, des destructions mobilières nombreuses et les nombreux emprunts utiles pour payer la guerre entraînent une très forte inflation (le franc perdra 75% de sa valeur).


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La propagande et ses principes

Nous allons maintenant nous intéresser de plus près à la propagande qui a sévit durant cette guerre. Voici tout d'abord, une définition simple du concept:

 

La propagande est la diffusion de diverses informations destinées à inculquer à une population donnée, une doctrine, une idée et/ou une théorie politique. Utilisée tout au long de l'histoire, elle prend son véritable sens qu'au XXème siècle à cause de l'apparition des médias de masse (radio, journaux etc..) et des conflits mondiaux qui secouent le monde. La propagande de la guerre 14/18 s'efforce de conditionner et d'influencer le comportement de la population afin que celle ci puisse s'investir au mieux dans le conflit. On fait appel au patriotisme de chacun et on incite à lutter pour le droit et le bien commun. Pour le cas particulier de la France, la propagande s'attache particulièrement à défendre le sol, la terre et les valeurs paysannes chères au cœur des français. notons aussi que la France est un pays fortement rural.

 

Pourtant cette propagande répond à des principes applicables à des conflits totalement différents et nous allons essayer de les présenter ici.

 

Le premier principe veut que le camp concerné n'est pas responsable de la guerre mais qu'au contraire on l'y a contraint. La propagande française utilise ce principe pour mettre au point des affiches "anti germanistes" comme celles de Victor Prouvé (1918)

prouvenationaliesopprimeesprouvelepassedelaprusseCes affiches au dessus ont été crées dans le but d'enseigner aux jeunes élèves français ces fameuses idées. On y trouve des phrases comme "l'Allemagne a forcé le monde à combattre contre elle"; "par la guerre et la perfidie, la Prusse.." "l'Allemagne a martyrisé la Pologne" etc.. Elles insinuent que comme la France, l'Allemagne et l'Autriche Hongrie ont forcé d'autres pays à subir leurs violentes offensives.

Le second principe est que la guerre poursuit de nobles buts et plus particulièrement pour les pays défendant leurs patrie,s leurs citoyens et leurs terres. Ici aussi la France s’illustre particulièrement et toujours grâce a des affiches. Le but principal du pays au début de la guerre est de récupérer l’Alsace Lorraine. En effet ce territoire a été perdu suite à la défaite française de 1870 contre les prussiens. Ces derniers avaient donc annexé ce territoire lors de la signature du traité. Longtemps vécu comme une humiliation et une injustice, la France profite de l’occasion du conflit pour rappeler aux Français l’importance du retour de l’Alsace Lorraine en tant que territoire français.

alsace1914 Cette affiche de Jonas et datant de 1914 est sans ambiguïté : "Les Alsaciens et les Lorrains sont Français!"

60693821affiche1418_jpg Au delà de cette volonté, le gouvernement voulait montrer aux Français qu'il était important de garder espoir en une "libération" de l'Alsace Lorraine du joug allemand. L'affiche au dessus est intitulée l'Aurore (titre choisi dans l'espoir de la naissance d'un jour nouveau) et montre un soldat muni d'un drapeau, une femme portant une cocarde tricolore et une autre portant un habit traditionnel alsacien. Tous trois sont réunis sous le drapeau français pour symboliser l'union de la France et de la Lorraine et plus généralement du peuple français.

444830161914_4_jpg L'autre but, celui de protéger la patrie, est aussi illustré. Nous avons ici l'exemple d'une affiche exposée dans les rues de Paris en 1917. La patrie ici est symbolisée par la femme et l'enfant ainsi que par le drapeau tricolore qu'il faut protéger des Allemands. La maxime est très claire en ce qui concerne le sort des Allemands si ils s'approchent de trop près de la "Mère Patrie"

Le troisième principe veut que l'ennemi soit montré comme impitoyable voire même monstrueux. Les affiches françaises illustrant ce principe sont nombreuses et variées. Certaines affiches sont éditées pour glorifier les "poilus".

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Une exposition est même organisée par ligue SOUVENEZ VOUS du 1er au 30 octobre 1917 devant servir à financer la propagande de la ligue grâce aux fonds récoltés. Le thème de cette exposition est relativement explicite et s'intitule "les crimes allemands" et montre les nombreux différents qui ont pu opposer les deux pays depuis des années. Les différentes affiches doivent pousser la population à aller visiter l’exposition pour leur montrer les nombreuses destructions et dévastations causées par les Allemands et ainsi pousser les gens à un certain « anti germaniste ».

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12 novembre 2009

Propagande et principe II

Le quatrième principe veut que les victoires sur l'ennemi sont toujours écrasantes et que nos pertes leur sont largement supérieures. Ce principe est indispensable pour maintenir le moral des populations qui n'ont pas été mobilisées mais aussi celui des troupes mobilisées, quant à elle, sur d'autres fronts. Les médias les plus à mêmes de diffuser ce genre d'informations sont les journaux et les publicités. Bien évidemment les véritables pertes ne sont pas communiquées afin que les gens ne puissent pas perdre espoir et ainsi toujours lutter avec ferveur.

 

Voici quelques exemples que l'on pouvait trouver dans les journaux de l'époque:

affichepubladepeche Ici la Une du quotidien La Dépêche datant du 11 Juillet 1915. Les gros titres soulignent surtout les nouveaux échecs allemands suite à leurs nouvelles offensives dans l'Aisne. Le journal tient surtout à souligner la défaite allemande mais cette Une ne précise pas la nature exacte de l'offensive, ni ne souligne les morts que la bataille a pu faire. On insiste surtout sur le caractère de la défaite et donc sous entendu du triomphe de l'armée française face aux attaques.










27904089matin25octobre1916_jpg Nous voici à présent devant un article du quotidien Le Matin relatant une victoire des troupes françaises à Verdun (une des batailles les plus meurtrières de cette guerre). Le journaliste met en lumière le nombre de décès et de prisonniers allemands durant cette bataille. Selon le quotidien 100 officiers auraient été fait prisonniers ce qui est "positif" car se sont des personnages haut placés de l'armée.

 












98548517guerre_1914_1918_annee_1915_078_c_jpg_615_jpg La photographie de gauche est aussi extraite d'un journal et nous pourrions la qualifier de "preuve en image". On peut y voir des soldats morts, censés être allemands, les uns à côté des autres au dessus desquels est penché un soldat français. Ici les défunts sont presque apparentés à des "trophées de chasse". De plus l'artillerie allemande est ici tournée en ridicule face à la "suprématie" de l'artillerie française qui a réussi à mettre a mal facilement, selon le quotidien toute une compagnie. Par contre, les sous titres ne font pas mention des éventuelles pertes françaises sous entendant que les armes allemandes n'ont aucune prise sur les soldats de l'autre camp. C'est une stratégie  mise au point pour rassurer les populations restées à l'arrière des fronts.



" A part cinq minutes par mois, le danger est très minime, même dans les situations critiques. Je ne sais comment je me passerais de cette vie lorsque la guerre sera finie ".

 

Ce témoignage est extrait du Petit Journal du 22 mai 1915. Nous pouvons tout de suite constaté le parti pris du journal qui suggère que le front n'est pas si "prenant" ni si "difficile" que cela. De même qu'il suggère que cette facilité sera difficile à abandonner lors de la fin des hostilités alors que nous savons aujourd'hui que la plupart des survivants en sont revenus avec des séquelles physiques et/ou psychologiques sérieuses voire très graves.

" Les balles allemandes ne tuent pas. Nos soldats on pris l'habitude des balles allemandes... Et l'inefficacité des projectiles est l'objet de toutes les concertations ".

 

Extrait de l'Intransigeant 17 août 1914. Cet extrait est édité dès le début de la guerre et renforce la théorie qui veut que ce conflit ne doit et ne durera qu'à peine 6 semaines. Ce témoignage est censé conforter cette position et rassurer les gens sur sa véracité. Nous savons qu'aujourd'hui le conflit, en vérité, s'enlisait.

 

Le cinquième principe veut que la population non mobilisée et restée à l'arrière a le devoir de participer à l'effort et cela de n'importe quelle manière. En effet, la guerre à un coût tant bien au niveau matériel, financier et humain. Dans l'imaginaire de tous cette guerre ne devait durer que peu de temps, mais face à une situation de plus en plus critique, le gouvernement doit se rendre a l'évidence : le coût de ce conflit sera bien plus important que prévu et l'argent ne vas pas tarder à manquer. La France doit alors rapidement trouver le moyen de payer et de pouvoir faire face aux dépenses militaires toujours plus élevées mais ainsi qu'au manque matériel (vivre, produits du quotidien). C'est pourquoi le gouvernement met en place une campagne de l'or puisque il est réticent à augmenter les impôts. A l'aide de nombreuses affiches, il incite la population à échanger le métal précieux contre des billets. Toutes les affiches promettent victoire et gloire si cette campagne est menée à bien.

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Or la guerre s'avère toujours plus couteuse au fil des mois mais le gouvernement se refuse toujours à augmenter les impôts estimant que la population paie assez cher moralement, les nombreuses pertes humaines. En plus de recourir à un emprunt extérieur auprès des Alliés, la France décide de recourir à l'emprunt intérieur directement auprès des français. Entre 1915 et 1918, le gouvernement mettra en place chaque année ces emprunts nationaux soit 4 total. A l'aide d'une campagne, toujours, efficace par l'affiche ces campagnes connaîtront de beaux succès aussi bien auprès des ruraux que des urbains.

 

La propagande fait appel au patriotisme de chacun et ainsi qu'en la confiance que chaque citoyen français portent en la République et au Gouvernement. Par cet emprunt le Gouvernement promet une victoire rapide. De plus il ne faut pas oublier que bon nombres de familles ont vu partir certains de leurs membres aux fronts et on fait donc appel aux sentiments des gens qui ne laisseraient pas leurs familles combattrent dans des conditions difficiles (faim, froid, mauvais armement etc..).

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Nous l'avons dit la population française est appelée à aider de diverses façons. Tout d'abord les travaux des champs sont une fois de plus sollicités. On incite les gens à planter et à travailler le sol encore plus que d'ordinaire. Il faut pouvoir envoyer des vivres aux soldats et nourrir aussi ceux qui sont restés comme avant le conflit. Or la main d'œuvre masculine utile pour les travaux pénibles et difficile est partie au front et c'est à ce moment que les femmes, les enfants et les personnes âgées sont sollicitées pour reprendre ces travaux.

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13 novembre 2009

La propagande sous d'autres formes

Au delà des principes que nous venons juste d'étudier, il a existé, durant la Première Guerre Mondiale, d'autres moyens de faire passer divers messages que par des affiches.

 

Nous avons pu voir que certaines images symboliques étaient utilisées  de façon récurrentes dans cette propagande tel que les mères qui représentent une partie du corps citoyens à part entière. Mais l'image de l'enfant fut elle aussi utilisée abondamment et sous divers formats. Plus particulièrement, ce fut l'image de "l'enfance combattante" qui a été particulièrement utilisée.
Le fait que les populations exploitent l'image des enfants, censés être innocents et purs, montre à quel point le conflit a pu prendre de l'ampleur. Les Français combattent les impitoyables "boches" pas pour eux mêmes mais pour que leur enfants ne connaissent pas eux aussi la barbarie allemandes à leur tour, ou pour tout simplement qu'ils prennent conscience qui est vraiment leur ennemi. En somme on pourrait croire que la guerre est faite au nom des enfants.

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Cette image est issue d'une couverture d'un livre de l'époque. On peut y voir une petite fille apporter un bouquet de fleur à un soldat français gradé. En fait le titre, Notre Maréchal Joffre nous informe sur le fil rouge du texte qui traitera sans doute sur l'héroïsme du Maréchal durant le conflit. De plus c'est une petite fille alsacienne qui apporte un bouquet aux couleurs du drapeau français ce qui est très symbolique. Par cette image, on veut montrer et surtout rappeler que l'Alsace Lorraine est et demeurera française grâce aux efforts de militaires tel que Joffre. Cela peut aussi être vu comme un remerciement fait a l'armée française de l'avoir libéré du joug allemand.






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Quant à cette carte postale, elle tourne en ridicule l'uniforme allemand et donc le peuple Allemand par extension, en insinuant que prochainement le bonnet d'âne traditionnel sera remplacé par le casque de l'armée allemande. Cette image enseigne aux enfant le patriotisme aux enfants en leur "parlant" avec un langage qu'ils connaissent















Des chansons enfantines sont même modifiées et toujours dans le but d'enseigner aux enfants le sentiment patriotique

NOUS REVIENDRONS AU BOIS... (air: Nous n'irons plus au bois)

Nous reviendrons au bois
Pour cueillir des lauriers
Chantons les grands exploits
De nos braves guerriers

Refrain

Aux plus beaux, nous donnerons
La palme la plus belle,
Qu'ensemble nous fleurirons
D'une fleur immortelle.
Mes soeurs, comment choisir
Parmi tant de soldats?
Malgré votre désir,
Vous n'y parviendrez pas.
Aux plus beaux..., ect. Le plus beau sera-t-il
Dragon ou cuirassier,
Qui bravent le péril
Sous leur casque d'acier?
Aux plus beaux..., ect.
Peut-être un hussard bleu,
Ou le sombre artilleur, Le turco plein de feu,
L'habile tirailleur?
Aux plus beaux..., ect.
Choisirez-vous plutôt
L'agile fantassin?
Le modeste tringlot?
L'ardent chasseur alpin?
Aux plus beaux..., ect.
Mes soeurs, disons tout bas:
Par les balles, criblés,
Les plus beaux des soldats,
Ce sont les mutilés!...
A ceux-là nous donnerons
La palme la plus belle,
Qu'ensemble nous fleurirons
D'une fleur immortelle!




D’autres moyens ont été mis en œuvre pour promouvoir le sentiment patriotique. C’est ainsi qu’en 1917 les éditions Rouff, spécialisées dans l’édition populaire, lancent une série de récits complets, illustrés et hebdomadaires de 24 pages. Ils se voulaient être de véritables récit authentiques mais étaient plutôt des fictions patriotiques exaltant l’héroïsme des soldats, leurs sacrifices ainsi que ses efforts. De plus, ces récits tournent en ridicule le soldat allemand ce qui en font de véritables récits de propagande. Tous les thèmes y sont abordés comme la revanche du fait de la perte de l’Alsace Lorraine par exemple, le sacrifice des hommes au combat ou encore sur une vie fantasmé des poilus (la saleté des tranchés, les maladies, les rats, les poux et la faim étant rarement ou pas mentionnés) et bien sur les victoires. D’ailleurs ces petits livres suivent chronologiquement la guerre (l’appel aux armes, les différentes batailles, les modes de combats, l’arrivée des Américains, l’armistice etc..)


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14 novembre 2009

La censure

Grâce aux articles précédents nous avons pu voir comment la propagande s'est mise en place durant la Première Guerre Mondiale. Or nous avons pu constaté que les plus mauvais côtés de la guerre en était oublié. Beaucoup ignore la réalité du front: celle du froid, de la faim, de la maladie, de la mort omniprésente, de la solitude etc.. Lorsqu'on évoque les soldats, ils apparaissent toujours propres et fiers, mais qu'en est il vraiment?

 

Le service de la censure officie dès le début des conflits, c'est à dire le 30 juillet 1914 soit exactement 3 jours avant la mobilisation générale. Le ministre de la guerre Mr Messimy, fait passer ses directives dès le 3 août et indique qu’il est interdit de faire passer des nouvelles de la guerre et du front sans que ceux-ci n’ai d’abord été communiqué ou visé par le « bureau de presse » du même ministère. Au départ celui-ci voulait éviter que les journaux ne divulguent des renseignements susceptibles de donner des indications précieuses à l’ennemi. 

 

« Interdiction de publier des renseignement de nature à nuire à nos relations avec les pays alliés, les neutre ou relatifs aux négociation politiques.

Interdiction en outre d‘attaquer les officiers, de parler des formations nouvelles, de reproduire les articles parus dans les journaux étrangers.

Interdiction de publier des interviews de généraux. Etc… »

 

Les premières censures n’avaient pas pour but de manipuler les esprits ou de faire du « bourrage de crâne » mais cette phrase « la vérité est l’ennemi et doit être caché au yeux de tous » devint la devise du gouvernement. La presse commença être censurée pour éviter que le défaitisme ne s’installe et le gouvernement exige que les massacres qui se déroulent au frontières ne soient divulgués. Les directeurs se mirent alors à s’auto censurer. La censure atteindra son apogée avec le cabinet Briand (novembre 1915-mars 1917) et plus de 400 censeurs travailleront au bureau de presse situé à Paris. De plus, des commissions de censure sont réparties dans les 22 départements militaires soit au total environ 5000 censeurs. Tout y passe : radio, théâtre, cinéma et courriers postaux (dès novembre 1915). Pour ces derniers il existait 9 commissions de 15 à 25 membres chargé de lire les correspondances.

 

Tout comme la propagande, la censure obéit à plusieurs principes :

 

1) Les civils doivent ignorer les réelles conditions dans lesquels vivent les poilus.

A la fin du conflit, beaucoup d’hommes reviendront traumatisés des évènements auxquels ils ont assistés. La plupart racontaient leurs expériences dans leurs correspondances sans savoir que celles-ci pouvaient être censurées. C’est pour cela que quand les soldats revinrent du front, ils étaient souvent incompris de leurs proches.

Henri Barbusse, qui a connu l’horreur des tranchées, à décrit dans son livre « Le feu » les conditions atroces dans lesquelles il a vécu. Il recevra le prix Goncourt en 1916 mais sera immédiatement censuré. Notons que cet auteur a préféré être soldat alors que son statut d'universitaire faisait de lui un officier.

Les photos aussi sont censurées comme celle ci par exemple.

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2) Ne pas transmettre d’idées pacifiques

En 1917, la guerre qui ne devait pas durer plus de quelques semaines continue encore. La population commence à être épuisé de ce conflit qui traîne en longueur, surtout que les vivres, l’argent etc.. commencent à manquer. C’est à cette époque que le contrôle postal commence à être renforcé encore plus.

 

"Nous avons espéré un instant que les grèves ouvrières auraient pris les proportions que nous attendions mais les ouvriers se sont contentés d'une petite augmentation de salaire, et les voilà tous remis au travail : le massacre continuera."

Soldat, 26 mai 1917. Archives de la Défense Nationale, cité par J.-N. Jeanneney, "Les archives du contrôle postal aux Armées ",
Revue d'histoire moderne et contemporaine.

 

3) Ne pas transmettre d’informations sur les fusillés au front et les mutineries de 1917

 

Année des mutineries, les soldats se révoltent contre les conditions inhumaines dans lesquelles ils évoluent depuis des mois. C’est pourquoi des révoltes sont organisées et le nombres des déserteurs commencent à augmenter. Ces soldats seront, s’ils sont pris sur le fait, fusillés. Pour éviter d’alerter les population et de semer la panique, ces exécutions sont cachées et l’on annonce que le mutin est « tombé au front » plutôt que préciser qu’il a été condamné par la cour martiale.

"Tous les soldats crient "A bas la guerre" et refusent de prendre les lignes. J’espère que tous en feront autant et que nous finirons ce carnage.(...)
Nous n’avons rien à gagner à la continuation de la guerre. Ca l’air de chauffer à Paris avec les grèves. Tant mieux
."

Lettre de poilu 1917 (censurée)

 

4) La barbarisation de l’ennemi

 

« Pour le casque de Prussien cela n’est pas sûr. Ce n’est pas maintenant le moment d’aller les décoiffer. Il fait trop froid, ils pourraient attraper la grippe. Et puis mon pauvre Maurice, il faut réfléchir que les Prussiens sont comme nous. Il y a des papas qui sont à la guerre et des petits enfants comme toi qui sont avec leur maman. Vois-tu qu’un garçon prussien écrive à son père la même chose que toi et qu’il lui demande un képi de français, et si ce papa Prussien rapportait un képi de français à son petit garçon et que ce képi fut celui de ton papa ? Qu’est ce que tu en penses ? Tu conserveras ma lettre et tu la liras plus tard quand tu seras grand. »

Martin Vaillagou 1915 à son fils Maurice qui lui demande un casque prussien.

D’après la propagande, le soldat allemand est vu comme un homme sanguinaire et un monstre. L’Etat français veut conserver cette image comme un motif pour continuer la guerre. A travers on se rend bien compte que les poilus ne voient pas leurs ennemis comme on le leur décrit et que beaucoup sont comme eux (ici par exemple, un père). La censure intervient pour éviter que témoignages comme celui du dessus rendent l’ennemi plus « humain » et pire qu’ils en aient une bonne image. Une amitié entre soldats de camps ennemis étaient impensable.

Certains poilus approuvaient la censure, mais pour la plupart ce n’est pas le cas et est vu comme une injustice. De plus elle retarde les nouvelles arrivant sur le front, seule sources de joie pour la plupart des soldats. C’est pour cette raison que les censeurs étaient très mal vus et parfois ils étaient même vu comme des voleurs. Certains gardaient donc leurs pensées pour eux mais d’autres n’hésitaient pas à se rebeller et gardaient leur franc parler.

Quant aux journaux, beaucoup se soumirent à la loi. La revue de Clémenceau créée en 1913, l’Homme Libre devint l’Homme enchainé en 1914 à cause de la censure omniprésente. Finalement elle prendra le nom de Canard Enchainé. Ce dernier utilisera la revue satirique, sa seule arme possible, pour faire passer les informations sans être censuré sans y arriver à tous les coups.


EDITORIAL DU N°1 DU CANARD ENCHAINÉ (10 septembre 1915)

"Le Canard Enchaîné  a décidé de rompre délibérément avec toutes les traditions journalistiques établies jusqu'à ce jour. […]le Canard Enchaîné  prendra la liberté grande de n'insérer, après minutieuse vérification, que des nouvelles rigoureusement inexactes. Chacun sait, en effet, que la presse française, sans exception, ne communique à ses lecteurs, depuis le début de la guerre, que des nouvelles implacablement vraies. Eh ! bien, le public en a assez ! Le public veut des nouvelles fausses... pour changer. Il en aura. Pour obtenir ce joli résultat, la Direction du Canard Enchaîné , ne reculant devant aucun sacrifice, n'a pas hésité à passer un contrat d'un an avec la très célèbre Agence Wolff* qui lui transmettra chaque semaine, de Berlin, PAR FIL SPÉCIAL BARBELÉ, toutes les fausses nouvelles du monde entier."

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